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1 EL TEATRO... 10 ans déjà

  Dix années, pas tout à fait comme les autres, se sont succédées depuis la création d'El Teatro à Tunis par Taoufik Jebali et compagnie.
Espace de prédilection d'une poignée d'incorrigibles rêveurs, fief d'irréductibles artistes et bastion de tous ceux qui croient au renouveau culturel, à la culture alternative et à l'art à outrance...

  El Teatro, au dire de son fondateur T.Jebali  “ est un espace qui se veut un prétexte d'échange et de confluence, un catalyseur pour la folie de créer et de croire, toujours croire qu'il y a la mesure de notre volonté pour faire la différence entre le Possible et l'impossible ”. Il le confirme autrement aujourd'hui : pour lui, El Teatro demeure un espace qui, par excellence, se doit d'exciter le rêve et l'aventure pour ta consécration d'un rituel permanent de sens et de délectations,  où les protagonistes et animateurs de ce même espace “ sont prêts à accepter, plutôt et surtout l'éventualité du rejet avant celle du plébiscite .

  En effet, El Teatro a dix ans déjà.  Cela relève de la gageure, de la performance ou du miracle, on ne saurait le dire ; mais ce qui est épatant dans cette aventure culturelle est de voir l'enseigne d'El Teatro illuminer sans cesse le ciel de Tunis .

 10 années au cours desquelles El Teatro a su drainer une foule haute en couleurs, jeune et moins jeune, avertie ou novice, curieuse ou indifférente, discrète ou extravagante, souvent comblée mais toujours inassouvie.  Une foule qui, dans cet espace convivial et bon enfant, a aimé ou n'a pas aimé, au fil des ans, une audacieuse programmation alternant théâtre, danse, musique... qui a marqué et enrichi, de par sa diversité et sa qualité, la scène culturelle et théâtrale à Tunis.

  Cette foule, dans sa majorité, a apprécié sans réserve les différentes représentations de Klem Ellil (textes incisifs et corrosifs de Taoufik Jebali et magistrales prestations de Kamel Touati), les sublimes sonorités du oud d'Anouar Braham, les performances vocales et musicales de Lotfi Bouchnak, l'inoubliable Familia, pièce de théâtre de Fadhel Jaîbi avec (admirable prestation de Jalila Baccar), etc... Une foule qui, réduite dans son nombre, a apprécié l'étonnante Femtella de T. Jebali, ... les performances chorégraphiques d'Imen Smaoui, les joyeuses jam sessions du jazz club de Faouzi Chkili,  flagrant déclic, performance photo initiée par Mahmoud Chalbi & co; la belle palette picturale de Firiel Lakhdar etc...
 
  Quant à moi, dans toute cette aventure d'El Teatro, je retiens quatre dates.  Vous me direz que c'est peu, j'en conviens ; mais quatre dates hautes en significations.  Il y a eu les photos sensuelles de Kaiso venues d'un Orient agonisant, photos qui défiaient la folie meurtrière d'un certain genre humain.  Il y a eu Fellag le généreux, seul dans son désarroi, la trouille aux tripes, qui, avec ses sketchs au vitriol, riait de nous, de vous et surtout de lui-même, de sa terre, de sa grande tribu et de ses gènes (quelle tâche !).  Il y a eu la réunion mémorable d'une grande famille bercée par un même rêve où s'épanouissaient la verve et l'éloquence du verbe d'un ami.  Et enfin, il y a eu ma première modeste exposition plastique (Urba Grafik) réalisée et montée grâce au soutien de Emna Sfar.

  Après ces années de doute et d'émotion, El Teatro nous revient avec la même fougue, la même détermination, sans le moindre signe d'essoufflement ni de lassitude, nourri d'une incommensurable passion du théâtre, du spectacle et de la vie.  Avec l'angoisse, le stress et le trac propres à l'espèce humaine, et de sur-croît à la meute des artistes.

  Alors, que la fête commence ! Et en attendant le lever de rideau, vous allez déguster un bon capuccino grâce au nouveau distributeur de boissons chaudes installé côté cafétéria.  Quant à ceux qui ne peuvent suivre de près le louable effort de création et d'animation d'El Teatro et assurer un déplacement sur les lieux du spectacle, ils n'ont qu'à se brancher sur INTERNET, c'est facile, c'est pas cher et c'est efficace ! Encore faut-il au préalable s'assurer que c'est faisable !

Article - 5 octobre 1988 - Mohamed Ali Belkhadi
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