Vingt ans de création culturelle et de diffusion du produit artistique Jamais en Tunisie un établissement culturel privé, comme El Teatro, n’a autant compté dans l’histoire culturelle du pays. Qu’on se le dise désormais. Aucune velléité tendancieusement hostile ne pourra prouver le contraire. Pionnier, promoteur culturel, artiste de caractère, animateur de grand talent, homme de théâtre, créateur, novateur, initiateur, tout ceci Taoufik Jebali l’a prouvé. Qu’on se donne la peine de parcourir la liste des pièces qui ont enrichi les créations théâtrales réalisées par dizaines de Famtalla jusqu’au Majnoun de Jibrane en passant par Achkabad, Houna Tounès ou Les dinosaures.
Qu’on se remémore les événements qui ont constitué les représentations des inoubliables séries de Tamthil Klam et de Klem El-Lill, considérées pendant les années quatre-vingt dix comme un rendez-vous incontournable pour, non seulement le public fidèle du «Teatro» mais pour des franges de plus en plus larges des publics tunisiens et étrangers rencontrés à travers les tournés en Tunisie et ailleurs.
Qu’on se rappelle la promotion de la danse classique et contemporaine, un art considéré comme mineur, élitiste et destiné à un public d’initiés. Anne Marie Sellami, Imed Jomaâ, Malek Sebaï, Imen Samoui Soundos Belhassen, Patricia Turki... (la liste est plus longue), qui ont trouvé dans l’espace El Teatro un lieu d’adoption pour leurs chorégraphies et leurs essais. Aucun autre lieu, presqu’aucun, n’a pu les accueillir et leur offrir la possibilité de développer et de diffuser leur art.
Qu’on se souvienne des multiples programmations, audacieuses et onéreuses, pour un budget, jamais équilibré par les irrégulières subventions publiques, les crédits consentis à titre d’encouragement par l’Etat et les participations évasives de sponsors fugitifs ou de fugaces mécènes. En fait, El Teatro n’a existé, n’a produit, n’a animé, n’a diffusé qu’en comptant davantage sur ses moyens propres.
Des programmations qui nous ont fait connaître un florilège d’artistes et de créateurs tant palestiniens que maghrébins. Ce sont, par exemple, les productions de Fellag à El Teatro qui l’on fait découvrir à l’Europe et notamment en France où il s’est installé définitivement. Je l’ai écouté un jour l’avouer sur les ondes d’une radio française. Les concerts inédits de musique contemporaines, les expositions thématiques d’arts plastiques, les projections de cinéma d’auteur, les grands débats culturels d’avant-garde et autres manifestations plus ou moins ésotériques, ont meublé de leurs apports, de leurs contenus édifiants, de leurs multitudes d’approches novatrices les matinées et les soirées d’El Teatro durant ces vingt ans.
En dépit de l’insuffisance et de l’inconsistance des aides distribuées par-ci et par-là, El Teatro a pu fidéliser un public qui a brillé par son adhésion et sa présence régulière. Malgré ce manque de ressources, la gestion de l’établissement et son animation, menées d’une main experte, par l’omniprésente Zeineb Farhat, compère et néanmoins compagne de Taoufik Jebali, ont permis de faire accéder cet espace culturel privé au rang des meilleurs du genre partout ailleurs. Bien équipé, bien entretenu, avec ses deux salles et ses aires d’exposition de rencontre et d’animation, le El Teatro est doté aussi de bandes de sous-titrage opérationnel pour permettre la vision du spectacle programmé dans une autre langue que celle dans laquelle l’œuvre est présentée.
Félicitations pour le couple T. Jebali- Z. Farhat pour cet espace bijou perché et bien enveloppé dans son écrin richement culturel.
La Presse - 21 novembre 2007 - Ali BEL ARBI
|